Il y a des machines, et puis il y a des choses qui vous font reconsidérer le mot. Une dragline marchante appartient à cette deuxième catégorie. Ces photographies ont été prises dans les sables bitumineux d’Athabasca près de Fort McMurray, en Alberta, vers 1980 — au début des grandes opérations d’exploitation à ciel ouvert qui allaient faire de cette région l’un des paysages industriels les plus importants de la planète.
La machine sur ces photographies est une Marion 8050, l’une des plus grandes draglines marchantes jamais mise en service au Canada. Sa tâche consistait à décaper les morts-terrains — le till glaciaire, l’argile et la tourbière qui recouvraient le sable bitumineux — et à les rejeter sur le côté pour permettre l’extraction du bitume sous-jacent. Le godet, suspendu à une flèche en treillis par des câbles de traînage et de levage, était tiré en arrière sur le sol comme une griffe, puis balancé en un large arc et vidé.
L’échelle est ce que les photographies ne peuvent pas vraiment préparer à voir. Le corps de la machine — le logement rotatif contenant les moteurs électriques et la cabine de l’opérateur — était aussi haut qu’un immeuble de quatre étages. La chaîne de traînage seule, enroulée sur le sol avant déploiement, était composée de maillons de la taille du torse d’un homme. Faire le tour de la machine à pied demandait plusieurs minutes.
L’opérateur était seul dans une cabine perchée au sommet du logement, entouré de leviers et de pédales commandant les mouvements de creusage, de traînage, de levage et de pivotement — quatre tambours de câble séparés, chacun alimenté indépendamment. Atteindre le rythme de production optimal signifiait orchestrer les quatre en un cycle continu : lancer, tirer, lever, pivoter, vider, revenir. Un opérateur expérimenté exécutait cela presque sans y penser. La vue depuis cette cabine, regardant au-dessus de la fosse avec le godet chargé se balançant en dessous, est capturée dans plusieurs de ces photographies.
Les parois de la fosse racontaient une histoire géologique. En regardant la face exposée, on pouvait lire la séquence clairement : une couche de tourbière en haut, puis le till glaciaire gris, puis la zone de transition où le sable commençait à s’assombrir avec le pétrole, puis le sable bitumineux lui-même, presque noir. Le gisement d’Athabasca est suffisamment proche de la surface pour être miné de cette façon car une calotte glaciaire l’a recouvert et érodé la majeure partie de la roche couvrante. Cette même calotte glaciaire a laissé l’épais till que la dragline était maintenant en train d’enlever.
L’économie des sables bitumineux en 1980 était à peine rentable. Le pétrole conventionnel était encore assez bon marché pour que l’énergie nécessaire pour extraire et valoriser le bitume en pétrole brut synthétique soit à la limite de la viabilité. Les draglines et les roues-pelles fonctionnaient en continu — 24 heures sur 24, à travers les hivers du nord de l’Alberta — non pas parce que c’était facile, mais parce que l’infrastructure avait été construite et que le pétrole était là.
Ces photographies ont été prises lors d’une visite de chantier, pas depuis la cabine de l’opérateur. La dragline était encore en fonctionnement lors de la prise de vue — on peut voir, dans les photographies depuis la cabine, que le godet est chargé et en mouvement. La visite s’inscrivait dans une enquête plus large sur le matériel de levage et de gréement utilisé dans les opérations des sables bitumineux. C’est Bill Lloyd que l’on voit sur la dernière photographie, debout aux côtés d’une longueur de chaîne de traînage hors service, avec deux godets déclassifiés derrière lui. Les maillons de chaîne et l’outillage des godets donnent une idée de ce qu’impliquait ce travail d’approvisionnement : des composants où chaque cycle de charge était énorme, et où la défaillance n’était pas une option.
La Marion 8050 n’est plus à Athabasca. L’ère des draglines dans les sables bitumineux a cédé la place aux opérations camion-pelle à mesure que les mines s’approfondissaient. Mais en 1980, au bord d’une coupe qui s’étendait jusqu’à l’horizon, l’une de ces machines en plein fonctionnement était l’expression la plus pure de la force mécanique appliquée dans l’industrie canadienne.